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LA VILLE CONGOLAISE EN DÉCRÉPITUDE SOCIO-SPATIALE : BIENVENU MATUMO DIT « TROP C’EST TROP ! »

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Après le drame de Bukavu, le géographe et politiste Bienvenu Matumo interpelle les pouvoirs publics : derrière les incendies, les quartiers précaires et le désordre urbain se cache une crise plus profonde, celle de la gouvernance de la ville congolaise.

À Bukavu, l’incendie qui aurait coûté la vie à plus de vingt écoliers ce jeudi 10 septembre 2026 laisse une ville endeuillée et des familles anéanties.
À leurs proches, Bienvenu Matumo, géographe et politiste, adresse ses condoléances les plus attristées et souhaite un prompt rétablissement aux enfants blessés. Il appelle également les autorités de fait à prendre en charge les soins des survivants. Derrière les flammes, une question brûle désormais les consciences : combien faudra-t-il encore de morts pour que la ville congolaise soit enfin pensée comme un espace de vie et non comme un territoire abandonné à lui-même ?

De Bukavu à Kinshasa, la répétition des incendies et leurs lourds bilans humains ne relèvent plus du simple accident. Ils révèlent les failles d’un modèle urbain où l’informalité, l’occupation anarchique des espaces, l’insuffisance des équipements et l’absence de planification exposent quotidiennement les citadins. Pour Bienvenu Matumo, le drame est aussi politique : lorsque les quartiers sont construits sans espaces de sécurité, sans voies d’accès adaptées, sans logements décents et sans services publics suffisants, la vulnérabilité devient une politique urbaine silencieuse.

Depuis plusieurs années, la République démocratique du Congo peine à faire émerger une véritable politique de la ville. Malgré les promesses de changement portées par le pouvoir, notamment sous l’ère de l’UDPS, la question du logement social accessible et d’une organisation urbaine digne demeure largement sans réponse. Les quartiers spontanés et précaires continuent de gagner du terrain, dans les centres comme dans les périphéries. Bienvenu Matumo y voit les symptômes d’une ville fragmentée, où la pauvreté spatiale nourrit la précarité sociale, les inégalités, l’insécurité et ce que la sociologie durkheimienne permettrait de penser comme des formes d’anomie.

Il faut donc cesser de gérer la ville au coup par coup, après chaque catastrophe, chaque incendie ou chaque effondrement. La ville congolaise doit être repensée, réorganisée et gouvernée autrement. Cela suppose une réforme urbaine courageuse : planification rigoureuse, logement social, infrastructures adaptées, assainissement, espaces publics, sécurité des quartiers et contrôle effectif de l’occupation des sols. Comme le rappelle Bienvenu Matumo, le droit à la ville ne devrait pas être un privilège réservé à quelques-uns, mais une réalité pour chaque citadin, y compris dans les quartiers populaires.

Trop, c’est trop. La ville congolaise ne peut continuer à compter ses morts avant de compter ses erreurs. Le drame de Bukavu doit être plus qu’un moment de compassion nationale : il doit devenir un électrochoc politique. Car l’avenir du Congo se construira dans ses villes, ou s’y fracassera. Bienvenu Matumo lance ainsi un appel sans détour aux décideurs : il est temps de passer de la gestion de l’urgence à une véritable gouvernance urbaine, de l’improvisation à la planification, et de la ville subie à une ville conçue pour protéger, servir et dignifier ses habitants.

La Rédaction

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