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À quelques mètres de la place du 24, au niveau de PAJECO, l’image est sans appel : plastiques, bouteilles, sachets, restes alimentaires et eaux stagnantes s’entassent dans les caniveaux. Une scène qui interpelle autant les citoyens que les autorités du Sud-Kivu.
Bukavu donne parfois le triste spectacle d’une ville qui se salit elle-même. Dans ce caniveau situé à proximité de la place du 24, les déchets plastiques ont transformé un ouvrage d’évacuation des eaux en véritable dépotoir à ciel ouvert. Les bouteilles et sachets abandonnés par les passants et les riverains s’accumulent, bloquant l’écoulement des eaux et faisant de l’insalubrité une menace quotidienne. Ici, l’éco-citoyenneté semble encore avoir déserté l’espace public.
Le paradoxe est cruel : pendant que certaines villes congolaises cherchent à réinventer leur rapport aux déchets, Bukavu continue de les laisser gagner du terrain. Or, un caniveau n’est ni une poubelle ni un prolongement du marché. Chaque sachet jeté au sol finit quelque part : dans un égout, une rivière, le lac Kivu ou sous les pieds d’un enfant. L’incivisme individuel finit ainsi par devenir une facture collective, payée en inondations, maladies, pollution et dégradation du cadre de vie.

Goma, de son côté, montre qu’un changement de comportement reste possible. Dans la capitale du Nord-Kivu, les citoyens sont de plus en plus sensibilisés à la nécessité de maintenir les espaces publics propres et de gérer quotidiennement les déchets plastiques et ménagers. Cette dynamique, encore perfectible, fait progressivement de Goma une référence régionale en matière d’engagement citoyen pour la propreté urbaine. Bukavu n’a aucune raison de rester à la traîne : les deux villes partagent le même lac, les mêmes défis environnementaux et la même responsabilité envers les générations futures.
Mais l’appel à la responsabilité citoyenne ne doit pas servir de prétexte à l’inaction publique. Les autorités provinciales du Sud-Kivu doivent reprendre fermement la main sur l’assainissement de Bukavu : multiplier les poubelles et points de collecte, organiser une évacuation régulière des déchets, entretenir les caniveaux et mener une campagne permanente d’éducation à l’éco-citoyenneté. Une ville propre ne se décrète pas ; elle se construit par une politique publique cohérente et une participation citoyenne organisée.

Enfin, la sensibilisation doit aller de pair avec la fermeté. Les citoyens qui, en connaissance de cause, continueront à transformer les rues et les caniveaux en dépotoirs doivent répondre de leurs actes, conformément aux mesures d’assainissement et aux textes applicables. À Bukavu, il est temps de passer des slogans aux actes : la propreté de la ville n’est pas seulement l’affaire des autorités, mais elle ne peut davantage reposer sur la seule bonne volonté des citoyens. Le Sud-Kivu mérite une capitale qui respire — et non une ville qui étouffe sous ses propres déchets.
La Rédaction