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Villes africaines : quand la publicité dévore l’espace public

Voix du Paysan pour former et informer les citoyens : un engagement pour la justice sociale et climatique.

À force de murs placardés, de panneaux surdimensionnés et de places publiques accaparées, certaines villes africaines donnent le sentiment d’être devenues des vitrines à ciel ouvert. Derrière cette profusion publicitaire se joue pourtant une question essentielle : à qui appartient la ville ?

Dans les rues, les murs parlent trop. Ils vantent des produits, des services, des candidats, des événements, puis se taisent rarement : les affiches s’empilent sur les anciennes, se déchirent sous la pluie et finissent par se confondre avec les déchets urbains. Poteaux électriques, clôtures, façades, arbres et équipements publics deviennent des supports improvisés. La ville, elle, perd peu à peu son visage. Ce qui devrait être un espace de respiration, de circulation et de vie collective se transforme en un immense tableau publicitaire où le désordre tient lieu de paysage.

Le phénomène n’est pas seulement esthétique. Il touche directement à la salubrité, à la sécurité et à la qualité de vie. Un panneau mal positionné peut masquer un carrefour, réduire la visibilité d’un conducteur ou encombrer un trottoir. Une affiche abandonnée devient un déchet supplémentaire, susceptible d’obstruer les caniveaux et de dégrader l’environnement. À mesure que les supports prolifèrent, la frontière entre publicité et pollution devient ténue. L’économie de l’affichage ne peut donc prospérer durablement en faisant payer à la collectivité le prix de ses excès.

Mais derrière cette anarchie se cache surtout une faiblesse de la gouvernance urbaine. Une ville qui laisse chacun occuper ses murs, ses poteaux et ses places selon ses propres règles renonce, en réalité, à organiser son espace commun. Or l’espace public n’est ni une propriété privée ni une terre sans maître. Il appartient à tous. Son occupation doit obéir à des règles transparentes : emplacements autorisés, dimensions réglementées, durée limitée, entretien obligatoire et retrait systématique des supports à la fin des campagnes. La modernité urbaine commence aussi par cette capacité à dire où, quand et comment la publicité peut s’installer.

Les municipalités africaines ont donc intérêt à sortir de la simple tolérance et à construire une véritable politique de l’affichage. Des zones dédiées, une cartographie des espaces publicitaires, des autorisations clairement encadrées, des sanctions contre l’affichage sauvage et une obligation de remise en état des lieux pourraient changer le visage des villes. Les opérateurs publicitaires, eux aussi, doivent comprendre qu’occuper l’espace commun implique une responsabilité envers la collectivité. Une contribution à l’entretien des espaces utilisés ne serait pas une contrainte, mais le prix normal d’une présence commerciale dans la cité.

Car une ville ne devient pas moderne parce qu’elle affiche davantage ; elle le devient lorsqu’elle sait maîtriser ce qu’elle expose. La publicité est utile à l’économie, crée des activités et participe à la circulation de l’information. Mais elle ne saurait avoir pour vocation de confisquer le paysage urbain. Dans les métropoles africaines en pleine croissance, le véritable luxe sera peut-être demain de pouvoir regarder un mur sans y voir une affiche, une place sans y voir un panneau, un arbre sans y voir une publicité. La ville appartient d’abord à ceux qui l’habitent. Elle ne doit pas devenir le panneau publicitaire de ceux qui peuvent se l’offrir.

Emmanuel Ndimwiza
Éditeur- Voix du Paysan

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