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À Muanda, la terre protégée n’est plus seulement convoitée : elle est grignotée. Face aux occupations illégales du Parc marin des Mangroves, l’État congolais doit désormais transformer les promesses de fermeté en actes.
Le Parc marin des Mangroves, unique parc marin de la RDC, n’est pas une réserve foncière disponible au gré des intérêts particuliers. À l’embouchure du fleuve Congo, ses quelque 76 000 hectares abritent un écosystème d’une valeur écologique exceptionnelle. Classé site Ramsar depuis 1996, ce sanctuaire de palétuviers protège la biodiversité et constitue aussi un rempart naturel contre l’érosion côtière.
Mais derrière les mangroves, une autre réalité se dessine : celle d’une occupation progressive et illégale de l’espace protégé. Des intérêts humains, fonciers et économiques semblent gagner du terrain là où la loi devrait pourtant imposer une limite infranchissable. À force de fermer les yeux sur ces empiètements, c’est la vocation même du parc qui risque d’être vidée de sa substance.

La réaction de la ministre de l’Environnement, la professeure Marie Nyange Ndambo, qui annonce des mesures juridiques et administratives fortes après l’évaluation technique de la situation, constitue un signal important. Mais l’urgence commande davantage qu’un signal. Elle exige des décisions concrètes, la clarification des limites du parc, l’identification des occupants illégaux et, lorsque les faits sont établis, la récupération effective des espaces spoliés.
L’État congolais doit surtout éviter le piège des opérations ponctuelles suivies d’un retour au statu quo. La mission conjointe Environnement-Tourisme à Muanda doit ouvrir une séquence nouvelle : cartographie précise, surveillance permanente, application rigoureuse de la loi, responsabilisation des services publics et implication des communautés riveraines. Protéger les mangroves ne signifie pas seulement protéger des arbres ; c’est défendre un patrimoine national, des moyens de subsistance et une barrière naturelle dont dépend tout un territoire.

À Muanda, l’enjeu dépasse donc les frontières d’un parc. Il pose une question simple à l’État : que vaut un statut de protection s’il ne protège plus rien ? Les autorités nationales, provinciales et locales doivent répondre par des actes. Le Parc marin des Mangroves ne peut devenir une victime de l’impuissance administrative. Sanctuariser cet espace aujourd’hui, c’est empêcher qu’un patrimoine irremplaçable ne soit demain réduit à une ligne dans les archives de la République.
Emmanuel Ndimwiza
Éditeur- Voix du Paysan