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Alors que la RDC traverse une crise sécuritaire, politique et sociale profonde, le Dr Justin Mudekereza appelle à transformer le dialogue annoncé en un véritable pacte national pour la paix, la cohésion et la refondation de l’État.
La République démocratique du Congo semble une nouvelle fois suspendue entre l’urgence de la paix et les pesanteurs de la politique. Dans sa déclaration du 31 août 2026, le Dr Justin Mudekereza dresse un réquisitoire sévère contre une situation où l’insécurité à l’Est, la précarité sociale, le chômage des jeunes et la fragilité des services publics nourrissent un sentiment de désillusion. Pour lui, le dialogue national annoncé par le président Félix Tshisekedi ne peut avoir de sens que s’il dépasse les cercles du pouvoir et devient un véritable instrument de sortie de crise.
Le cœur de son interpellation tient en une question simple, mais redoutable : peut-on construire la paix en excluant ceux qui sont directement impliqués dans la guerre ? Mudekereza pointe les contradictions entre les différentes démarches diplomatiques engagées par Kinshasa, notamment celles de Washington et de Doha, pour mettre en doute la cohérence d’un dialogue strictement politique. À ses yeux, une paix durable ne peut naître d’un arrangement de circonstance ni d’une nouvelle rencontre entre acteurs déjà installés dans les rapports de force.
Le Dr Mudekereza propose ainsi de déplacer les lignes. Son idée d’un dialogue articulé autour de cinq composantes — pouvoir, opposition armée, opposition non armée, société civile et représentants des territoires directement affectés par la guerre — dessine une architecture plus large, où la société meurtrie ne serait plus seulement spectatrice. La médiation neutre, la transparence des discussions et la force juridique des engagements devraient, selon lui, permettre d’éviter que le dialogue ne se transforme en une énième parenthèse politique sans lendemain.
Mais derrière cette proposition institutionnelle se trouve une exigence plus profonde : retrouver le sens de l’État. Car négocier avec un adversaire lorsqu’il s’agit de sauver des vies n’est pas nécessairement capituler ; cela peut être, au contraire, l’expression d’une maturité politique. Pour Mudekereza, la recherche d’un compromis doit cependant aller de pair avec une refondation de la gouvernance et d’un appareil de défense capable, à terme, de protéger effectivement le territoire et les citoyens. La paix négociée ne saurait donc dispenser l’État de reconstruire sa capacité d’action.
À l’heure où le peuple congolais paie le prix humain, économique et politique d’une crise qui s’éternise, le véritable enjeu n’est peut-être plus de savoir qui gagnera le prochain dialogue, mais ce que la République gagnera de celui-ci. La déclaration de Justin Mudekereza place ainsi le pouvoir devant une responsabilité historique : faire du dialogue un espace de vérité, de responsabilité et de compromis, plutôt qu’un nouvel épisode de la longue dramaturgie politique congolaise. Car lorsque la nation saigne, le temps des calculs finit toujours par devenir plus coûteux que celui du courage.
Emmanuel Ndimwiza
Éditeur- Voix du Paysan
RDC : face à une paix qui se dérobe, le Dr Justin Mudekereza exige un véritable dialogue national, loin des calculs partisans et des faux-semblants