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Après près de neuf ans d’enquête, la justice belge ouvre enfin la voie à un procès qui pourrait lever le voile sur un système présumé de corruption autour des passeports biométriques congolais.
Le dossier Semlex franchit une étape décisive. La Chambre du conseil de Bruxelles a décidé, le 31 août, de renvoyer les 14 inculpés devant le tribunal correctionnel pour des faits présumés de corruption d’agents publics étrangers, de blanchiment et de fraude fiscale. Pour les citoyens congolais qui ont payé leurs passeports au prix fort, ce procès dépasse les murs d’un tribunal belge : il touche à une question aussi simple que vertigineuse — où est passé leur argent ?
Derrière chaque passeport vendu 185 dollars se dessine désormais le spectre d’un système financier opaque. Selon des éléments rapportés par la presse, 60 dollars auraient été reversés, pour chaque document, à une société basée à Dubaï et présentée comme liée à une proche de l’ancien président Joseph Kabila. Si les faits étaient établis par la justice, l’addition serait vertigineuse : près de 60 millions de dollars de malversations présumées. Des chiffres qui donnent à la corruption une autre dimension : celle d’un impôt clandestin payé par des millions de citoyens.
Mais l’affaire Semlex ne saurait être seulement celle de la Belgique. Elle interroge aussi Kinshasa, ses décideurs, ses administrations et tous ceux qui auraient pu faciliter, couvrir ou profiter d’un éventuel mécanisme frauduleux. Le procès belge pourrait ainsi devenir le miroir d’une responsabilité congolaise encore inexplorée. Car si l’argent était congolais, les responsabilités ne peuvent être uniquement étrangères. Une éventuelle procédure en RDC serait donc moins une répétition qu’une nécessité.
Pour la justice belge, l’enjeu est tout aussi considérable. Après des années de critiques sur la faiblesse de la lutte contre la corruption internationale, le renvoi de cette affaire devant le tribunal correctionnel constitue un test grandeur nature. Peut-on réellement poursuivre les entreprises lorsque les soupçons portent sur des actes commis à l’étranger et impliquant des responsables publics étrangers ? Le procès Semlex devra répondre à cette question, autant qu’il devra établir les faits.
Reste surtout une attente : celle des Congolais. Ils ne demandent ni vengeance ni procès politique, mais la vérité. Qui a décidé ? Qui a payé ? Qui a reçu ? Qui savait ? La justice devra répondre, sans raccourcis et sans condamnation avant l’heure, puisque tous les prévenus demeurent présumés innocents. Mais une chose est désormais certaine : après neuf années d’enquête, le dossier Semlex n’est plus une rumeur dans les couloirs de la corruption internationale. Il entre dans l’arène publique, là où les comptes devront enfin être demandés.
Emmanuel Ndimwiza
Éditeur- Voix du Paysan.
Passeports congolais : Semlex devant le juge, l’heure des comptes a sonné