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Sud-Ubangi : quand les routes meurent, l’État abandonne ses citoyens

Voix du Paysan pour former et informer les citoyens : un engagement pour la justice sociale et climatique.

Routes éventrées, ponts fragilisés, bourbiers et pistes impraticables : au Sud-Ubangi, l’état du réseau routier n’est plus une simple défaillance administrative. C’est une injustice qui enferme des populations entières dans l’isolement et l’abandon.

Au Sud-Ubangi, prendre la route relève désormais moins du déplacement que de l’épreuve. Sur plusieurs axes de la province, les nids-de-poule sont devenus des cratères, les chaussées se transforment en bourbiers et certains tronçons ne ressemblent plus qu’à des cicatrices ouvertes dans le paysage. Là où l’État devrait avoir construit des voies de circulation, il ne reste parfois qu’un itinéraire incertain, soumis aux pluies, à l’érosion et au temps. Pour les habitants, les commerçants, les agriculteurs, les élèves et les malades, chaque kilomètre parcouru devient une bataille. Et cette bataille, ils la livrent depuis trop longtemps dans l’indifférence.

Cette situation n’est pas qu’une affaire de bitume. Une route détruite, c’est un marché qui s’étouffe, une récolte qui pourrit, une école qui s’éloigne, un malade qui risque de ne jamais atteindre l’hôpital. Lorsque les routes sont impraticables, les prix des produits flambent, les producteurs vendent à perte et les territoires ruraux se retrouvent coupés des centres urbains. Le Sud-Ubangi possède des terres, des hommes, des ressources et un potentiel économique considérable. Mais comment produire, vendre, investir et commercer lorsque les voies qui devraient relier les communautés sont elles-mêmes à l’agonie ?

Le plus révoltant est peut-être que cette dégradation soit devenue presque banale. On s’habitue aux véhicules qui s’enlisent, aux voyageurs qui descendent pour pousser, aux marchandises transportées dans des conditions précaires et aux heures, voire aux jours, perdus sur quelques dizaines de kilomètres. Non, les habitants du Sud-Ubangi ne doivent pas s’habituer à l’abandon. Ils ont droit à des routes praticables comme les autres citoyens de la République. Ils ont droit à la mobilité, au commerce, aux soins, à l’éducation et au développement. La pauvreté d’une province ne saurait devenir le prétexte à son oubli.

Face à cette situation, le silence n’est plus une vertu : il devient une complicité. Les autorités provinciales et nationales doivent rendre des comptes sur l’état du réseau routier, les programmes annoncés, les financements mobilisés et les travaux effectivement réalisés. Il faut sortir des promesses, des inaugurations symboliques et des discours qui s’effacent dès que les projecteurs s’éteignent. Le Sud-Ubangi ne demande pas la charité. Il demande que l’argent public produise des routes publiques, que les engagements soient respectés et que les citoyens puissent enfin voir les résultats de l’action de l’État.

Alors, que les citoyens se lèvent. Qu’ils documentent les routes impraticables, qu’ils interpellent les responsables, qu’ils saisissent les institutions compétentes et qu’ils refusent que leur province soit condamnée à l’isolement. Une population qui se tait devant l’abandon finit par être oubliée ; une population debout oblige l’État à regarder la réalité en face. Le Sud-Ubangi doit sortir du silence. Ses routes doivent redevenir des chemins de vie, de commerce et d’espoir. Car laisser mourir les routes d’une province, c’est laisser mourir une partie de son économie, de sa dignité et de son avenir. Et cela, les citoyens ne doivent plus l’accepter.

Emmanuel Ndimwiza
Éditeur- Voix du Paysan

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