×
Logo en chargement
CHARGEMENT...

Ebola en RDC : quand ceux qui soignent deviennent les premières victimes

Voix du Paysan pour former et informer les citoyens : un engagement pour la justice sociale et climatique.

Dans les hôpitaux, la riposte contre Ebola se joue parfois au plus près du danger. En première ligne, les soignants paient un lourd tribut à une épidémie qui éprouve autant les corps que les capacités du système de santé.

Ils étaient venus pour soigner, protéger, rassurer. Ils se retrouvent parfois parmi ceux que le virus frappe en premier. Au 15 juillet 2026, 119 agents de santé avaient été confirmés positifs à Ebola en RDC, dont 36 décès et 61 guérisons, selon les données communiquées par l’OMS. Derrière ces chiffres, il y a des médecins, des infirmiers, des ambulanciers, des aides-soignants et d’autres professionnels qui, chaque jour, franchissent les portes des centres de traitement avec la conscience du risque, mais aussi avec le devoir de ne pas abandonner les malades.

La vulnérabilité des soignants n’a pourtant rien d’un mystère. Ebola se transmet notamment par contact avec les liquides biologiques d’une personne infectée. Or, qui est davantage exposé à ces contacts que celui qui examine, lave, transporte, soigne ou accompagne le malade ? Au début d’une flambée, le danger est encore plus insidieux : les premiers symptômes peuvent ressembler à ceux d’autres maladies et le diagnostic peut tarder. Dans une structure insuffisamment préparée, un seul patient infecté peut ainsi devenir le point de départ d’une chaîne de transmission. À cela s’ajoutent les insuffisances en équipements de protection, la fatigue et la pression considérable qui pèsent sur les équipes de riposte.

Les chiffres racontent d’ailleurs une progression qui devrait alerter. Quatre décès de personnels de santé étaient déjà signalés au 21 mai. Au 1er juillet, 102 cas confirmés étaient recensés parmi eux, dont 25 décès. Deux semaines plus tard, le bilan atteignait 119 infections et 36 décès. Cette évolution n’est pas seulement une statistique de plus dans le bilan quotidien de l’épidémie. Elle révèle la fragilité de ceux qui constituent précisément le rempart contre le virus.

Car lorsqu’un infirmier tombe malade, ce n’est pas seulement une famille qui est frappée. C’est une équipe qui perd une compétence, un centre de santé qui voit ses capacités diminuer, une population qui peut perdre confiance et une riposte qui doit fonctionner avec des forces supplémentaires en moins. Chaque décès d’un soignant rappelle ainsi une évidence souvent oubliée : on ne peut pas gagner une bataille sanitaire en laissant ses soldats sans protection. La sécurité des personnels de santé doit donc être considérée comme une priorité absolue, au même titre que le dépistage, l’isolement, la vaccination lorsqu’elle est appropriée et la prise en charge des malades.

L’épidémie d’Ebola met finalement la RDC face à un choix qui dépasse la seule urgence sanitaire. Protéger les soignants, c’est protéger la riposte ; protéger la riposte, c’est protéger la population. Combinaisons, gants, masques, formation, supervision, repos, protocoles stricts et prise en charge rapide des expositions ne doivent jamais être considérés comme des détails logistiques. Derrière chaque équipement manquant peut se cacher une contamination ; derrière chaque soignant perdu, une capacité de réponse qui disparaît. Ebola ne doit pas transformer ceux qui portent l’espoir de guérison en victimes oubliées de la riposte.

Emmanuel Ndimwiza
Éditeur- Voix du Paysan

Partager

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

×