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Il existe des tragédies qui ne font pas la une des journaux, mais qui condamnent silencieusement l’avenir des peuples. Dans les savanes et les forêts du Parc national des Virunga, les éléphants tombent les uns après les autres sous les balles du braconnage, pendant que le monde détourne le regard. Chaque défense arrachée est une page de l’histoire africaine que l’on déchire, chaque carcasse abandonnée est un verdict contre notre incapacité à protéger ce qui constitue notre héritage le plus précieux. C’est cette vérité, à la fois scientifique, écologique et profondément humaine, que Kambale Tsongo Seth a brillamment portée dans son mémoire de Licence en Tourisme, Loisir et Conservation de la Nature à l’Institut Supérieur de Tourisme et de Gestion de Goma (ISTou-Goma). Au-delà d’un exercice académique, son travail sonne comme un cri d’alarme : défendre les éléphants, c’est défendre l’avenir des Virunga, et défendre les Virunga, c’est préserver une part essentielle de l’âme de la République démocratique du Congo.
Le véritable visage du braconnage ne se résume pas à un trafic d’ivoire. Il révèle la rencontre toxique entre la pauvreté, les conflits armés, les réseaux criminels transfrontaliers et les défaillances de la gouvernance environnementale. Là où les armes circulent plus facilement que les politiques de conservation, la biodiversité devient la première victime d’un développement abandonné. Kambale Tsongo Seth rappelle avec justesse que l’éléphant n’est pas seulement un animal emblématique ; il est un ingénieur des écosystèmes, un bâtisseur de paysages, un allié indispensable de la régénération des forêts et du tourisme durable. Sa disparition entraînerait un effet domino dont les conséquences dépasseraient largement les frontières des Virunga, touchant l’économie locale, la stabilité écologique et les perspectives de développement des générations futures.

Mais aucun parc national ne sera sauvé par les seuls discours, pas plus qu’il ne le sera par la seule bravoure des écogardes. La conservation ne peut survivre sans justice sociale, sans perspectives économiques pour les communautés riveraines, sans coopération régionale contre les filières criminelles et sans une volonté politique qui résiste aux intérêts de court terme. C’est le message central que Kambale Tsongo Seth a défendu avec rigueur et conviction devant le jury : la protection de la biodiversité ne doit plus être pensée comme une contrainte, mais comme un investissement stratégique pour la paix, la sécurité, le climat et la prospérité. Son mémoire rappelle que le tourisme durable n’est pas un luxe réservé aux pays en paix ; il est une réponse concrète aux fragilités des territoires en crise.
En soutenant avec succès ce travail de recherche, Kambale Tsongo Seth rejoint désormais la grande famille des anciens de l’ISTou-Goma. Il quitte les bancs de l’université avec un diplôme, mais surtout avec une responsabilité : celle de continuer à défendre, partout où son parcours le conduira, les valeurs d’excellence, de recherche, de conservation et de service à la société que lui a transmises son institution. Les éléphants des Virunga n’ont ni voix dans les assemblées ni représentants dans les gouvernements. Désormais, ils ont aussi celle de jeunes professionnels comme Kambale Tsongo Seth, dont le parcours rappelle qu’une université accomplit pleinement sa mission lorsqu’elle forme non seulement des diplômés, mais également des consciences capables de protéger le patrimoine naturel dont dépend l’avenir de toute une nation.
Emmanuel Ndimwiza
Éditeur- Voix du Paysan