Voix du Paysan pour former et informer les citoyens : un engagement pour la justice sociale et climatique.
À l’heure où la République démocratique du Congo ambitionne de faire du Couloir vert Kivu-Kinshasa une vitrine mondiale de la protection des forêts tropicales et de la résilience climatique, une contradiction majeure menace de vider cette initiative de tout son sens. Comment prétendre bâtir un immense corridor écologique tout en laissant se multiplier de nouveaux projets pétroliers, gaziers et miniers au cœur d’écosystèmes parmi les plus riches de la planète ? C’est dans ce contexte que Greenpeace Afrique, organisation engagée depuis de nombreuses années dans la défense des forêts du Bassin du Congo et la lutte pour la justice climatique, organise à Kinshasa une conférence de presse pour tirer la sonnette d’alarme. Aux côtés des organisations de la société civile et des communautés concernées, elle appelle à un moratoire immédiat sur toute nouvelle autorisation d’exploitation extractive dans les zones du Couloir vert. Leur message est sans ambiguïté : on ne peut pas protéger la nature d’une main et l’offrir à l’industrie fossile de l’autre.
L’urgence dépasse désormais le simple débat environnemental. Chaque nouveau permis d’exploration ou d’exploitation compromet les engagements climatiques du pays, fragilise les droits des populations riveraines et accentue les risques de déforestation, de pollution des eaux et de perte irréversible de biodiversité. Pour Greenpeace Afrique, qui porte depuis plusieurs années des campagnes contre l’expansion des énergies fossiles en Afrique et pour la préservation des écosystèmes stratégiques du continent, le Couloir vert Kivu-Kinshasa ne peut devenir un simple slogan diplomatique destiné aux conférences internationales pendant que, sur le terrain, les pelleteuses et les forages poursuivent leur avancée. L’histoire récente démontre que les promesses de développement associées aux industries extractives se heurtent trop souvent à une réalité faite de conflits fonciers, de déplacements de populations et d’une répartition profondément inégale des bénéfices.

Le moratoire réclamé aujourd’hui ne constitue ni un refus du développement ni une opposition idéologique à toute exploitation des ressources naturelles. Il représente un principe élémentaire de précaution et de cohérence. Suspendre les nouveaux projets extractifs permettrait d’évaluer leurs impacts environnementaux, sociaux et climatiques, de renforcer la gouvernance des ressources naturelles et de garantir que les ambitions du Couloir vert reposent sur des actes plutôt que sur des déclarations. Dans un contexte où la justice climatique exige que les pays riches soutiennent financièrement les efforts de conservation des États forestiers, la RDC possède une occasion historique de démontrer qu’elle place son patrimoine écologique au-dessus des intérêts économiques de court terme.
La conférence de presse organisée à Kinshasa par Greenpeace Afrique intervient donc à un moment décisif. Fidèle à son engagement en faveur de la justice climatique, de la protection des forêts du Bassin du Congo et des droits des communautés locales, l’organisation entend mobiliser l’opinion publique et interpeller les autorités nationales ainsi que les partenaires internationaux sur l’urgence d’un moratoire. Le choix qui se dessine est sans équivoque : faire du Couloir vert Kivu-Kinshasa un véritable rempart contre la crise climatique ou le laisser devenir une promesse sacrifiée sur l’autel de l’expansion extractive. Dans un siècle marqué par les dérèglements climatiques, le courage politique ne se mesurera plus au nombre de contrats signés, mais à la capacité des dirigeants à protéger les forêts, les rivières, les communautés et les générations futures. Le moratoire demandé aujourd’hui pourrait bien être le premier acte d’une véritable souveraineté écologique.
Emmanuel Ndimwiza
Éditeur- Voix du Paysan