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Chaque année, les eaux du lac Kivu nourrissent, relient et font vivre les habitants du territoire insulaire d’Idjwi. Pourtant, derrière cette richesse naturelle se cache une tragédie trop souvent reléguée au second plan : la noyade. À l’occasion de la Journée mondiale de prévention de la noyade, célébrée sous le thème « S’unir pour inverser la tendance », la réalité d’Idjwi rappelle avec force que les enfants demeurent les premières victimes d’un danger largement évitable. L’absence de barrières de protection, de zones sécurisées et de dispositifs de surveillance transforme les berges et les cours d’eau en espaces où chaque imprudence peut coûter une vie.
Cette situation ne relève pas uniquement de la fatalité. Elle traduit également un déficit d’investissements dans la prévention et une insuffisante culture de la sécurité aquatique. Dans une région où le lac constitue un moyen de transport, un espace de loisirs et une source de subsistance, la prévention devrait être intégrée aux politiques publiques locales. Former les communautés aux premiers secours, sensibiliser les familles, équiper les embarcations de gilets de sauvetage et sécuriser les points d’accès à l’eau ne sont plus des options, mais des impératifs de santé publique.

Les enfants paient le prix le plus lourd de cette négligence collective. Leur curiosité naturelle, l’absence de surveillance permanente et le manque d’espaces de jeux sécurisés les exposent quotidiennement aux risques de noyade. Chaque disparition est un drame pour une famille, mais aussi un rappel douloureux de l’urgence d’agir. Dans un territoire entouré d’eau, apprendre à nager, connaître les règles élémentaires de sécurité et développer une véritable éducation au risque devraient faire partie intégrante de la protection de l’enfance.
La Journée mondiale de prévention de la noyade ne doit donc pas se limiter à une commémoration symbolique. Elle doit servir de point de départ à une mobilisation durable réunissant autorités publiques, organisations de la société civile, écoles, leaders communautaires et partenaires au développement. À Idjwi, sauver des vies commence par reconnaître que chaque noyade évitable constitue un échec collectif. Inverser la tendance exige des décisions concrètes, des investissements ciblés et une volonté politique à la hauteur des vies qu’il est encore possible de préserver.
Emmanuel Ndimwiza
Éditeur- Voix du Paysan