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Route Butembo–Masereka : quand les barrières se multiplient, la route s’effondre et les citoyens paient le prix d’un système qui a perdu le sens du service public

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L’axe routier Butembo–Masereka, long d’une cinquantaine de kilomètres, est devenu le symbole d’une contradiction insupportable. Alors que des taxes de péage sont régulièrement perçues aux barrières officielles censées financer son entretien, cette route stratégique continue de se dégrader au point de transformer chaque déplacement en véritable parcours du combattant. Les nids-de-poule, les bourbiers et les sections fortement détériorées témoignent d’un abandon qui interroge sur la destination réelle des recettes collectées auprès des usagers.

Comme si l’état de la route ne suffisait pas, les voyageurs doivent également composer avec une prolifération de barrières. Aux postes de péage officiels s’ajoutent ceux érigés par des groupes armés se réclamant des Wazalendo, ainsi que plusieurs contrôles des services de l’État. À chaque arrêt, les passagers déboursent entre 1 000 et 2 000 francs congolais. Pris isolément, ces montants peuvent sembler modestes, mais leur accumulation pèse lourdement sur des populations dont les revenus sont souvent très faibles. Cette succession de prélèvements finit par ressembler davantage à une forme de rançonnement qu’à une contribution au développement des infrastructures. Pour Gerlas Mukonzo, défenseur des droits humains au sein de l’ONG Badilika et coordonnateur du mouvement citoyen Filimbi Butembo, cette situation traduit un grave recul de la gouvernance routière et porte atteinte au droit des citoyens à circuler librement sans être soumis à des prélèvements abusifs.

Une route est un moteur de développement économique et un facteur de cohésion sociale. Lorsqu’elle devient un espace où s’accumulent les tracasseries, les coûts de transport explosent, les échanges commerciaux ralentissent et la confiance des citoyens envers les institutions s’effrite. Les populations de Butembo, Musienene, Lukanga, Kikuka et Masereka ne réclament pas un privilège, mais l’application d’un principe élémentaire de bonne gouvernance : que les taxes payées servent effectivement à améliorer les infrastructures et que la libre circulation soit garantie dans le respect des droits de chacun.

Face à cette réalité, le silence n’est plus une option. Les autorités nationales, provinciales et locales doivent agir avec fermeté pour supprimer les barrières illégales, rationaliser les contrôles officiels et assurer une gestion transparente des recettes de péage. Gerlas Mukonzo, défenseur des droits humains au sein de l’ONG Badilika et coordonnateur du mouvement citoyen Filimbi Butembo, appelle les pouvoirs publics à prendre des mesures concrètes afin de mettre fin aux tracasseries routières qui fragilisent davantage les populations et freinent le développement local. Restaurer l’axe Butembo–Masereka, c’est redonner espoir à une population qui refuse que la pauvreté soit aggravée par des pratiques abusives. La dignité des citoyens commence aussi par le droit de circuler sur une route entretenue, sans subir, à chaque kilomètre, le poids d’une fiscalité anarchique et de tracasseries devenues insoutenables.

Éditeur- Voix du Paysan

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