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L’attaque d’un habitant du village de Hehu, dans le groupement de Kibumba, par un buffle en provenance du Parc national des Virunga rappelle une réalité que les communautés riveraines dénoncent depuis des années. Au-delà du fait divers, cet incident met en lumière une coexistence de plus en plus fragile entre la protection de la biodiversité et le droit des populations à vivre en sécurité sur leurs propres terres.
La conservation de la nature ne peut être durable si elle est perçue comme une source permanente de peur et de pertes économiques. Lorsque des buffles détruisent des cultures ou blessent des habitants sans qu’une réponse efficace ne soit apportée, c’est la confiance entre les communautés et les institutions chargées de protéger le parc qui s’érode progressivement. Cette fracture risque, à terme, d’alimenter davantage les tensions autour de la gestion des aires protégées.
L’enjeu n’est pas d’opposer les habitants à la faune sauvage, ni de remettre en cause la mission essentielle du Parc national des Virunga. Il s’agit plutôt de reconnaître que la conservation moderne repose sur un équilibre : protéger les espèces tout en garantissant la sécurité, les moyens de subsistance et la dignité des populations qui vivent aux portes du parc. Ignorer l’une de ces dimensions fragilise inévitablement l’autre.
L’incident de Kibumba doit donc servir d’électrochoc. Les autorités, l’ICCN et leurs partenaires sont appelés à renforcer les mécanismes de prévention, de surveillance et de dialogue avec les communautés afin d’éviter que ces attaques ne deviennent une fatalité. Une conservation réussie ne se mesure pas uniquement à la survie des espèces, mais aussi à sa capacité à protéger les vies humaines et à construire une coexistence durable entre l’homme et la nature.
Emmanuel Ndimwiza
Éditeur- Voix du Paysan