Voix du Paysan pour former et informer les citoyens : un engagement pour la justice sociale et climatique.
Le lancement à Beni de la campagne citoyenne Non au changement de la Constitution par le rassemblement DYNAMIQUE NON AU CHANGEMENT DE LA CONSTITUTION dépasse largement le simple cadre d’un débat juridique ou institutionnel. Il s’agit d’un acte politique profondément enraciné dans le sentiment d’abandon, de frustration et d’indignation qui traverse aujourd’hui une grande partie de la population congolaise. Dans un pays meurtri par des décennies de conflits armés, de mauvaise gouvernance et d’inégalités sociales criantes, l’idée d’une révision constitutionnelle apparaît pour de nombreux citoyens comme une provocation morale face aux souffrances quotidiennes du peuple. Les militants ayant pris part à cette déclaration estiment qu’il existe une contradiction insupportable entre les priorités réelles des populations et les ambitions politiques d’une élite dirigeante accusée de vouloir conserver le pouvoir au-delà des limites fixées par la Constitution.
Pendant que des milliers de familles vivent dans des camps de déplacés à Beni, Rutshuru, Djugu ou Masisi, pendant que les enseignants accumulent des mois d’arriérés de salaire et que les hôpitaux manquent de médicaments essentiels, le débat sur le changement de la Constitution est perçu comme une tentative de confiscation de la souveraineté populaire. Aux yeux des participants, cette volonté de modifier les règles du jeu démocratique traduit l’échec d’un système politique incapable de garantir la sécurité, la justice sociale et une redistribution équitable des ressources nationales. Derrière les slogans et les prises de parole, c’est donc un profond malaise national qui s’exprime : celui d’un peuple qui refuse de voir la crise sécuritaire, la pauvreté et la souffrance collective servir de toile de fond à des calculs politiques personnels.

Une crise politique alimentée par l’effondrement de l’État social et la peur d’une confiscation du pouvoir
Pour les organisateurs de cette campagne, le débat constitutionnel ne peut être séparé de la réalité dramatique que vivent les populations de l’Est de la République démocratique du Congo. Depuis plusieurs années, les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri sont devenues le symbole d’un État fragilisé, incapable d’assurer pleinement sa mission fondamentale de protection des citoyens. Malgré l’état de siège instauré depuis cinq ans, les massacres de civils se poursuivent, les groupes armés contrôlent encore plusieurs territoires et des millions de personnes vivent dans une précarité extrême. Dans ce contexte, la perspective d’un changement de la Constitution est interprétée comme une tentative de détourner l’attention des véritables urgences nationales. Les militants dénoncent également une concentration du pouvoir politique et économique entre les mains d’une minorité bénéficiant des avantages de l’appareil d’État, pendant que la majorité de la population subit l’inflation, le chômage et l’effondrement des services publics. Pour eux, la crise actuelle révèle une rupture profonde du contrat social entre les gouvernants et les gouvernés. Les populations rurales abandonnées, les familles des militaires morts au front vivant sans assistance, les jeunes diplômés sans emploi et les fonctionnaires impayés deviennent les symboles d’une injustice distributive devenue structurelle.
Cette colère populaire est aussi nourrie par la mémoire collective des crises politiques passées, notamment les tensions de 2015 liées aux débats sur la révision constitutionnelle. Beaucoup craignent qu’une nouvelle tentative de modification des règles constitutionnelles ne replonge le pays dans des violences politiques, dans un contexte déjà extrêmement fragile. Ainsi, à travers cette campagne, les militants cherchent non seulement à défendre la Constitution, mais aussi à protéger l’idée même d’alternance démocratique, considérée comme l’un des derniers remparts contre l’autoritarisme et la confiscation du pouvoir.
Selon les participants, l’urgence nationale n’est pas de changer la Constitution mais de restaurer la dignité humaine, la paix et la justice sociale
Dans leurs différentes interventions, les participants à la campagne ont insisté sur le fait que l’urgence actuelle de la République démocratique du Congo ne réside ni dans l’organisation d’un référendum constitutionnel ni dans des réformes destinées à prolonger le pouvoir politique, mais dans la réponse concrète aux souffrances immédiates de la population. Selon eux, la priorité absolue devrait être la sécurisation des provinces de l’Est, la prise en charge digne des déplacés de guerre, le renforcement réel des capacités de l’armée et la restauration de l’autorité de l’État dans les territoires occupés par les groupes armés. Ils estiment également qu’il devient indispensable de réorienter les ressources publiques vers les secteurs sociaux essentiels tels que l’éducation, la santé, l’agriculture et les infrastructures de base.
Pour ces militants engagés dans la défense de la justice sociale et de la dignité humaine, aucune stabilité politique durable ne sera possible tant que les richesses nationales continueront à profiter à une minorité privilégiée pendant que la majorité vit dans la misère. Ils appellent à une gouvernance fondée sur la transparence, la lutte contre la corruption, l’équité dans la redistribution des ressources et le respect strict des principes constitutionnels. Selon eux, la paix véritable ne peut être construite sans justice distributive, sans reconnaissance des souffrances des populations victimes de la guerre et sans volonté politique sincère de réduire les inégalités sociales. Les participants proposent ainsi plusieurs solutions concrètes : un audit indépendant des dépenses publiques liées à la guerre, un fonds spécial d’assistance aux victimes des conflits armés, la mécanisation effective des agents publics, le soutien aux agriculteurs locaux, l’investissement dans les écoles rurales et l’ouverture d’un dialogue national centré sur les besoins sociaux réels des citoyens. Pour eux, défendre la Constitution aujourd’hui revient avant tout à défendre la dignité humaine, le droit à la sécurité, le droit à la justice et le droit du peuple congolais à vivre enfin dans un État véritablement au service de tous.
La Rédaction