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Idjwi : quand le feu menace l’avenir des collines

Voix du Paysan pour former et informer les citoyens : un engagement pour la justice sociale et climatique.

À Idjwi, les feux de brousse ne brûlent pas seulement des plantations : ils consument des années d’efforts, fragilisent les sols et hypothèquent la résilience d’un territoire déjà confronté à la pression sur ses ressources naturelles.

À Idjwi, le feu gagne du terrain là où des familles avaient choisi de planter l’avenir. Des jeunes arbres élevés au prix d’importants sacrifices disparaissent dans des incendies nocturnes dont les auteurs restent, pour l’heure, inconnus. Derrière chaque parcelle calcinée, c’est une promesse de restauration écologique qui part en fumée. Et avec elle, une part du patrimoine naturel dont dépendent les communautés.

Le problème dépasse largement la seule perte des plantations. En brûlant la végétation, les feux détruisent des habitats et mettent à mal une biodiversité souvent invisible : insectes, reptiles, oiseaux et autres organismes indispensables à l’équilibre des écosystèmes. Le sol, privé de sa couverture protectrice, devient plus vulnérable à l’érosion et à la dégradation. À terme, ce sont aussi l’agriculture, la fertilité des terres et les moyens de subsistance des familles qui se trouvent menacés.

L’interdiction annoncée par l’administrateur du territoire, Muhindo Ntambuka Pascal, constitue donc un signal nécessaire. Mais une interdiction, aussi ferme soit-elle, ne suffira pas si elle reste confinée à un communiqué. Il faut une véritable vigilance communautaire : renforcer les comités locaux de surveillance, sensibiliser les agriculteurs, identifier rapidement les foyers d’incendie et établir une collaboration étroite entre chefs locaux, services de sécurité, responsables des champs et communautés. Les auteurs de feux volontaires doivent répondre de leurs actes, dans le respect des procédures légales.

Prévenir vaut toutefois mieux que sanctionner. Idjwi gagnerait à mettre en place des campagnes régulières de sensibilisation sur les dangers des feux de brousse, des pare-feu autour des plantations, des mécanismes communautaires d’alerte et un accompagnement des familles engagées dans le reboisement. Les jeunes et les écoles peuvent également devenir des acteurs de cette protection, tandis que les initiatives de restauration devraient être davantage soutenues par les autorités et les organisations environnementales.

Car à Idjwi, chaque arbre brûlé est plus qu’un arbre perdu : c’est une protection contre l’érosion, un refuge pour la biodiversité et une chance de préserver les terres pour les générations futures. Le territoire ne peut pas demander à ses communautés de reboiser le jour et laisser le feu détruire leurs efforts la nuit. La lutte contre les feux de brousse doit désormais devenir une responsabilité collective : protéger les collines d’aujourd’hui, c’est défendre les moyens de vivre de demain.

Albert CINYABUGUMA

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