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Plaine de la Ruzizi : quand les barrières remplacent l’État

Voix du Paysan pour former et informer les citoyens : un engagement pour la justice sociale et climatique.

De Uvira à Luvungi, la route est devenue un marché de taxes arbitraires. Derrière ces treize barrières se joue une crise plus profonde : celle de l’autorité de l’État, progressivement supplantée par la loi des armes.

Les treize barrières qui jalonnent l’axe Uvira–Luvungi ne sont plus de simples points de contrôle. Elles incarnent une dérive où le fusil devient un permis de taxer, où le passage d’un citoyen se négocie au gré de l’humeur de celui qui tient l’arme. Mille, deux mille, cinq mille francs congolais : le tarif n’obéit à aucun texte, mais à l’arbitraire. Cette banalisation de la prédation installe un dangereux précédent : lorsque l’impôt cesse d’être l’expression de la loi pour devenir le produit de la force, c’est l’État lui-même qui recule.

Le plus préoccupant n’est pas seulement l’existence de ces barrières attribuées à certains éléments armés, mais le silence qui les entoure. Dans une province déjà meurtrie par l’insécurité, chaque poste illégal érode davantage la confiance des citoyens envers les institutions. Les populations de la plaine de la Ruzizi ne demandent ni privilèges ni faveurs ; elles réclament simplement le droit de circuler librement sur le territoire de leur propre pays, sans être rançonnées à chaque kilomètre. À défaut d’une réaction ferme, l’exception devient la règle et l’illégalité finit par revêtir les habits de la normalité.

Le gouverneur de province, les autorités militaires et les services compétents ne peuvent plus se contenter d’observer cette situation. Restaurer l’autorité de l’État ne se proclame pas dans les discours ; cela se démontre par des actes. Il est impératif de démanteler toutes les barrières illégales, d’identifier et de sanctionner leurs auteurs, de renforcer les mécanismes de contrôle des forces déployées sur le terrain et de garantir que toute perception de taxes respecte exclusivement le cadre légal. L’État ne peut tolérer que des citoyens financent, sous la contrainte, un système parallèle qui affaiblit sa propre légitimité.

La plaine de la Ruzizi mérite mieux qu’une gouvernance de circonstance. Elle a besoin d’une présence effective de l’État, fondée sur la justice, la transparence et la sécurité. Les autorités disposent encore de l’occasion de transformer cette indignation populaire en point de départ d’une réforme concrète. Car un pays ne se reconstruit ni avec des barrières illégales ni avec le silence des responsables, mais avec le courage de faire respecter la loi, partout et pour tous.

La Rédaction

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