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Ebola : la guerre invisible que la RDC ne peut se permettre de perdre

Voix du Paysan pour former et informer les citoyens : un engagement pour la justice sociale et climatique.

Les chiffres disent l’ampleur du drame. L’histoire, elle, enseigne qu’aucune épidémie n’est invincible lorsque la science, la confiance et la responsabilité citoyenne marchent d’un même pas.

L’épidémie d’Ebola qui continue de frapper le Haut-Uélé, l’Ituri, le Nord-Kivu, le Sud-Kivu et la Tshopo rappelle une vérité que les crises sanitaires imposent avec une régularité implacable : les virus prospèrent là où les conflits, la peur et la désinformation fragilisent les sociétés. Avec près de quatre mille cas confirmés, des centaines de malades encore en traitement et un lourd tribut humain, la République démocratique du Congo affronte une guerre silencieuse, sans explosions ni canons, mais dont les ravages s’inscrivent durablement dans les familles et les communautés. Pourtant, derrière ces statistiques douloureuses émergent aussi des signes d’espérance : chaque patient guéri est une victoire de la médecine, chaque chaîne de transmission interrompue est une victoire de l’intelligence collective.

L’histoire de la RDC est aussi celle d’un peuple qui a souvent transformé l’épreuve en laboratoire d’innovation. C’est sur cette terre qu’Ebola fut identifié en 1976, mais c’est également ici que le monde a appris à perfectionner les stratégies de riposte, depuis la surveillance épidémiologique jusqu’à la vaccination en anneau, en passant par les traitements innovants et la mobilisation communautaire. Les expériences de l’Afrique de l’Ouest entre 2014 et 2016, la maîtrise des flambées successives en Ouganda, ainsi que les enseignements tirés de la pandémie de COVID-19 sur tous les continents démontrent une constante : lorsqu’une population fait confiance aux soignants, lorsque les autorités communiquent avec transparence et que la science guide les décisions, même les épidémies les plus redoutables finissent par reculer. L’humanité n’a pas vaincu la variole par le hasard, ni contenu la poliomyélite dans la plupart des régions du monde par miracle. Elle l’a fait grâce à la discipline collective, à la recherche scientifique et à la solidarité.

La bataille contre Ebola ne sera donc pas gagnée uniquement dans les centres de traitement ou les laboratoires. Elle se gagnera aussi dans les villages, les quartiers, les marchés, les églises, les écoles et les familles. Chaque citoyen devient un maillon essentiel de cette chaîne de protection en signalant rapidement les symptômes, en acceptant le suivi des contacts, en respectant les mesures barrières, en évitant les rumeurs qui empoisonnent la confiance et en facilitant le travail des équipes de riposte. Refuser la stigmatisation des malades, soutenir les survivants et permettre des enterrements dignes et sécurisés constituent autant d’actes de patriotisme que de solidarité humaine. Face à un virus, l’individualisme coûte des vies ; la responsabilité partagée en sauve.

La République démocratique du Congo possède aujourd’hui une expérience unique, forgée dans la douleur mais reconnue à travers le monde. Cette expertise est un patrimoine qu’il faut protéger et renforcer. L’heure n’est ni à la lassitude ni à la panique, mais à la persévérance. Chaque guérison rappelle qu’Ebola n’est pas une condamnation inéluctable. Chaque citoyen qui respecte les mesures de prévention rapproche le pays de la fin de cette épreuve. Comme toutes les grandes épidémies de l’histoire, celle-ci passera. La question est de savoir combien de vies nous aurons choisi de sauver avant qu’elle ne s’éteigne. La réponse dépend autant des médecins que de chacun d’entre nous.

Emmanuel Ndimwiza
Éditeur- Voix du Paysan

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